




Par Roland du Luart, sénateur de la Sarthe
Depuis six mois, le gouvernement a mis en oeuvre de nombreuses mesures dont certaines favorables à une politique de l’offre. Il faut aujourd’hui aller plus loin dans l’encouragement de cette politique, accompagner les décisions de l’exécutif et permettre à nos entreprises de retrouver leur compétitivité.
Sur le plan économique, les piètres performances économiques de la France depuis près de trente ans sont patentes : taux de croissance annuelle moyen divisé par deux par rapport aux années 1970, division par quatre du rythme d’augmentation du pouvoir d’achat, perte de compétitivité à l’extérieur avec un recul de près de 30 % de la part des exportations françaises de marchandises dans les exportations de la zone euro, alors que le taux de pénétration des importations de biens et services ne cesse de progresser, déficit de notre balance commerciale depuis 2005 qui s’aggrave régulièrement, dette publique représentant près de 63 % du PIB, taux de chômage qui, à 8,4 %, reste beaucoup trop élevé, marges de certaines entreprises au plus bas depuis quinze ans...
Cette situation n’est pourtant pas désespérée : on a vu d’autres pays plus ou moins proches de nous, le Royaume-Uni, le Canada, les pays de l’Europe du Nord et, tout récemment, l’Allemagne, dans une situation parfois encore plus critique, prendre les problèmes à bras-le-corps et redresser spectaculairement la barre. Mais, dans tous les cas, le succès a été essentiellement dû à deux facteurs : un diagnostic sans ambiguïté sur les racines du mal et la mise en oeuvre d’une stratégie claire.
Pour ce qui est du diagnostic, on ressent encore les effets d’une confusion entre cause et résultat, c’est-à-dire entre une croissance insuffisante et un pouvoir d’achat qui stagne. Et pour ce qui est de la stratégie, le discours et les décisions du gouvernement contribuent certaines fois à brouiller le message : on ne peut à la fois expliquer que la hausse du pouvoir d’achat ne se décrète pas et qu’il résultera de la croissance, et enjoindre les entreprises à en distribuer. De même, on ne peut vouloir améliorer le pouvoir d’achat par la mise en oeuvre de mesures de court terme dont les effets tant à court qu’à moyen long terme seront négatifs sur la balance commerciale et le financement à long terme des entreprises, dont le renforcement est par ailleurs considéré comme une impérieuse nécessité.
Or, toutes les études le montrent, notre priorité doit être une politique résolument consacrée à restaurer la compétitivité de nos entreprises : sur la période 1980-2007, le nombre d’heures travaillées en France a été inférieur de 10 % à celui de la zone euro. Le coût horaire de la main-d’oeuvre en France est maintenant supérieur de 10 % à celui de l’Allemagne, les marges des entreprises n’ont cessé de se dégrader depuis 2000, exception française dans l’Union européenne : la situation florissante des grands groupes, qui résulte de leur développement à l’international, ne doit pas occulter la fragilité de l’ensemble du tissu économique. Logiquement, les investissements ont suivi la même pente, la conséquence de notre perte de compétitivité étant que les importations de biens de consommation augmentent huit fois plus vite que la production nationale de ces biens tandis que nous perdons pied sur les marchés extérieurs.
Il est donc urgent de reconstruire une « offre France » dynamique et innovante. Beaucoup d’efforts ont été faits en ce sens, mais le message reste brouillé : la réforme de l’État et des collectivités territoriales à laquelle le gouvernement semble s’atteler doit impérativement permettre de dégager des moyens pour stimuler la recherche et l’innovation, encourager l’investissement, consolider la réforme des universités, accompagner les PME sur les marchés extérieurs, accroître la quantité de travail.
La réforme des universités, celle du crédit d’impôt recherche, les différentes dispositions visant à desserrer l’étau des 35 heures, les mesures annoncées par le président de la République à Lyon constituent sans aucun doute les premiers éléments de cette politique. La création des conditions favorables à un retour de la croissance, dopé par un retour de la compétitivité des entreprises françaises, est la priorité à laquelle nous devons tous, gouvernement, élus, entreprises, nous atteler.