



Le débat officiel sur les retraites est lancé, entraînant l’action des lobbies d’employeurs et de salariés du public et du privé. Il a deux dimensions.
La première est simplement comptable : faute d’une révision drastique des modes de financement, le système des retraites sera en faillite d’ici quelques années. Il est donc obligatoire de corriger radicalement les règles fixant les recettes, qu’il s’agisse du financement lui-même (durée et volume des cotisations, recours à l’impôt ou à d’autres types de recettes) ou de son complément (retraites complémentaires, recours à l’assurance individuelle, etc..).
Ce débat risque d’être difficile car chacun tentera de se soustraire aux règles communes en arguant de régimes ou de conditions particulières liés au type de travail ou de statut.
Mais la seconde dimension est anthropologique. Dès lors que la durée de vie moyenne de l’être humain a augmenté de vingt ans ces dernières décennies, il est impensable que la durée des années de travail ne croisse pas parallèlement. Ce constat de bon sens est renforcé par le fait que l’entrée sur le marché du travail est de plus en plus tardive du fait de la durée des études. Sauf à se retrouver avec un écart ingérable entre l’âge du départ à la retraite et le nombre d’années de cotisations exigées, il faudra bien que la durée du travail corresponde à la nouvelle réalité biologique.
Bien entendu, la situation serait plus claire si la France n’était pas un des pays où les employeurs refusent le plus d’employer des seniors et préfèrent les mettre en pré-retraite ou retraite pour embaucher des jeunes payés moins chers puisqu’en début de carrière. Reculer l’âge du départ en retraite doit avoir pour corollaire la garantie de l’emploi jusqu’à la nouvelle limite qui sera fixée.
Enfin, puisque l’un des éléments clés du développement durable prôné urbi et orbi est la solidarité entre les générations, on ne voit pas ce qui peut justifier que les nouvelles générations voient leur avenir hypothéqué par l’insouciance de leurs aînés qui leur laisseraient le fardeau du financement de leurs retraites. Une des règles de solidarité élémentaire serait de contraindre chaque génération à être financièrement autosuffisante ce qui signifie, au minimum, l’égalité fiscale entre retraités et actifs. De même il paraît difficile que telle ou telle catégorie (les parlementaires par exemple) s’exonère d’une réforme où chacun devra faire preuve de solidarité, voire sache donner l’exemple.