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Josselin de Rohan : « Il faut que les Belges restent Belges »

France Soir, 15 juin 2010

Josselin de Rohan, sénateur UMP du Morbihan, est président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, et membre de la commission des Affaires européennes.

Etes-vous surpris par le raz-de-marée indépendantiste ?

Oui. Je ne m’attendais pas à une vague de cette ampleur.

La Belgique existe-t-elle encore ?

Bien sûr ! Nous sommes loin d’une guerre civile, ou même d’une partition ! Bart De Wever se montre plus prudent que lors de sa campagne. Il sait que sans Bruxelles, il n’y a pas de Flandre. Ne regardons pas le problème avec des lunettes françaises, nous n’y comprendrions rien. La question linguistique a abouti à des situations qui nous paraissent absurdes, comme celle de la région de Bruxelles. Mais du point de vue des néerlandophones, longtemps dominés, voire méprisés par les élites francophones, cela s’explique.

Quel signal ce scrutin a-t-il envoyé ?

Un désir incontournable de rééquilibrer les pouvoirs. Si l’on veut que la Belgique tienne, il faut décentraliser plus, en transférant de l’Etat fédéral vers la Flandre des compétences sur la sécurité sociale, la fiscalité, l’éducation.

L’attelage entre le Flamand De Wever et le socialiste wallon Di Rupio est improbable. Le pays est-il ingouvernable ?

Cela fait plus de cent trente ans qu’il est dirigé par des alliances improbables ! A force d’atermoiements, de démagogie, de manque d’imagination, les clivages linguistiques se sont enkystés. A un moment, ça ne marche plus. Mais un pays qui héberge le siège de l’Otan et la plupart des institutions européennes a-t-il envie de tout casser ? Ils ne sont pas fous !

Alors comment sortir de ce conflit ?

Il faut se mettre autour de la table au plus vite. Le pragmatisme et l’intérêt aideront au compromis. Di Rupio est très intelligent. Quant à De Wever, s’il n’est ni déraisonnable, ni farceur, il va tenter de mettre sur pied une confédération viable, « à la Suisse ». Veulent-ils vivre ensemble ou tout casser ? Si personne ne joue le jeu, le pire n’est pas à exclure. Mais tout le monde souhaite que les Belges trouvent assez de ressources en eux-mêmes pour rester Belges !

Est-ce le signe d’une montée des populismes ?

Si on n’en est pas à l’explosion, c’est un élément important. L’Europe n’est plus un facteur de cohésion voyez le comportement du Conseil européen : impuissance, cacophonie, laxisme… L’Europe ne fait plus rêver. Mais les électeurs de De Wever ne sont pas tous indépendantistes. Ils manifestent leur colère face à la crise et à ce pouvoir impuissant.

Cette Belgique affaiblie prendra la tête de l’Europe à partir du 1er juillet. Cela représente-t-il un danger ?

Le seul risque, c’est une présidence nulle. Six mois pour rien. Avant, les Belges étaient écoutés. Avec leurs histoires, ils n’intéressent plus personne, alors qu’ils ont des hommes de grande qualité, comme le président du Conseil européen Herman Van Rompuy.

Selon notre sondage Ifop, 66 % des Français seraient favorables à un rattachement de la Wallonie à la France en cas de scission…

Combien connaissent la culture wallonne ? Selon moi, la Wallonie est aussi près de se rattacher à la France que le Québec aujourd’hui !



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