


Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, juge la politique du gouvernement en matière de lutte contre la criminalité.
En tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, que pensez-vous des méthodes actuelles de lutte contre la criminalité ?
La grande erreur consiste à ne plus mettre les policiers dans la rue. On ne les voit plus circuler qu’en voiture, généralement par quatre. Le vieil adage est toujours vrai : « La peur du gendarme est le début de la sagesse », encore faut-il qu’on le voie, ce « gendarme » !
Même pour régler la circulation, les agents ont disparu. Moi qui suis issu d’une famille de flics, je suis sensible à une police de voie publique, aux gardiens de la paix que les gens connaissent. Mais, pour rétablir cette situation, il faut d’abord s’opposer aux syndicats.
Or on a cédé à leurs pressions, tant pour les patrouilles dans les rues que pour les horaires de travail. La situation tient aussi au niveau de recrutement des gardiens, bien plus élevé qu’autrefois. Leur formation, parfois du niveau universitaire, fait qu’ils rechignent à accomplir certaines tâches. Ils considèrent qu’une ronde à pied est indigne d’eux. Ils pensent mériter mieux.
Comment réagissez-vous à la polémique sur la garde à vue ?
L’application actuelle de cette mesure est inadmissible dans une société démocratique. Pour moins que rien, on place en garde à vue des adolescents de 13 ou 14 ans. Trop de gens sont détenus dans des conditions ignobles, enfermés dans des cellules infectes, sans avoir le droit de se laver, y compris des femmes.
Je suis favorable à la présence d’un avocat dès la première heure de garde à vue. C’est indigne de la République. La garde à vue est une mesure de sécurité que l’on ne doit appliquer que si les gens risquent de s’enfuir, de porter tort aux autres ou à eux-mêmes. Ce n’est pas sérieux de s’en servir dans d’autres circonstances. Il faut donc réformer ce système.
Pour ma part, je suis favorable à la présence d’un avocat dès la première heure de garde à vue -sauf en matière terroriste- car il y a trop de cas où les policiers se laissent aller. Le tutoiement, par exemple, est intolérable.
Vos propos vont surprendre, car vous passez pour un partisan de la répression...
Je suis favorable aux mesures d’ordre, mais celles-ci ont un corollaire : la défense de la liberté, indispensable dans un Etat démocratique. Je n’ai pas hésité à faire interpeller des gens quand c’était nécessaire, mais j’ai aussi sanctionné les abus dans la police quand ils ont eu lieu. Cela dit, pour revenir à aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que le sentiment d’insécurité augmente.
Que pensez-vous de l’action du ministre actuel, Brice Hortefeux ?
Il devrait se montrer davantage sur la voie publique, être plus présent, sans pour autant se soucier de sa popularité. Un ministre de l’Intérieur ne doit pas être populaire. Il doit être ferme ! Seules les conséquences de sa politique comptent et peuvent le faire apprécier.