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Gérard Longuet : « L’emprunt ne doit pas être l’affaire du siècle »

Le Monde, le 11 juillet 2009

Sénateur de la Meuse depuis 2001, ancien ministre, Gérard Longuet, 63 ans, a été élu, mardi 7 juillet, président du groupe UMP du Sénat. Connu pour ses convictions libérales, il s’inquiète du risque de décrochage de la France par rapport à l’Allemagne, cadre le débat sur l’emprunt et prend ses distances avec la taxe carbone.

Qu’un libéral aussi affiché que vous accède à la tête du groupe UMP du Sénat, est-ce un signe ?

Je vous corrige tout de suite. Je suis un UMP élu à la tête du groupe UMP. Libéral, certes, mais aussi républicain, avec derrière moi trente ans de vie parlementaire. Ma mission n’est pas de défendre tel ou tel courant, mais de faire en sorte que le groupe offre un choix politique accessible à tous et compréhensible par tous.

Jugez-vous opportun de lancer un grand emprunt, comme l’a annoncé Nicolas Sarkozy devant le Congrès ?

L’emprunt a deux utilités. Il pousse les Français à réfléchir à leur avenir collectif. Et il nous oblige à quantifier le coût des options que nous allons prendre.

N’est-ce pas une fuite en avant ?

C’est le risque si l’emprunt ne sert qu’à consolider notre endettement public. Nous devons donc être très sélectifs dans nos choix. Pour moi, la priorité, c’est le financement des grandes infrastructures de transport, qu’il s’agisse des personnes et de l’information. Pour la collectivité, le retour sur investissement me paraît beaucoup plus rapide que de construire des bâtiments, fussent-ils des bâtiments scolaires.

Les Français ne paraissent guère convaincus par l’opération. Ils s’inquiètent de la dette.

L’emprunt est toujours un exercice de solidarité dans le temps. Avant de le lancer, il faut s’interroger : qui veut-on rassurer, qui veut-on mobiliser ? J’appartiens à la génération du baby-boom. Nous avons eu beaucoup de chance en termes de promotion sociale. La richesse, aujourd’hui, a tendance à se concentrer chez les plus de 50 ans, mais nous laissons à nos enfants et à nos petits-enfants une lourde dette qui n’a pas toujours correspondu au financement d’investissements d’avenir. C’est la raison pour laquelle, à titre personnel, je défends l’idée que l’emprunt doit être l’expression d’une solidarité intergénérationnelle. J’aimerais que l’emprunt ne soit pas trop racoleur, qu’il ne soit pas l’« affaire du siècle ». Je le répète c’est une question de solidarité.

Mais il risque alors l’échec...

C’est le risque, en effet.

Deux anciens premiers ministres ont été chargés de réfléchir à la finalité de l’emprunt. Les élus n’en prennent-ils pas ombrage ?

La méthode Sarkozy a ceci de bon qu’elle mobilise le pays tout entier. Elle garantit que les débats seront ouverts. Nous, les élus, prenons ces nominations comme une invitation au débat, une sorte de défi. Exactement comme lorsque Jacques Attali avait été choisi pour présider la commission sur les freins à la croissance. Il nous avait poussés à entrer dans le débat.

On s’achemine vers la création d’une taxe carbone. Faut-il en restituer le produit aux ménages sous forme de chèque « vert » ?

Je voudrais d’abord qu’on m’explique la logique de cette taxe. La France est le pays européen qui fait le plus appel à l’électricité nucléaire, pourquoi faudrait-il qu’elle soit taxée ? Je veux bien qu’on ait le souci de réduire la consommation d’énergie mais alors, en bon libéral, je vous répondrai que c’est sur le prix qu’il faut agir, pas sur les taxes.

Nicolas Sarkozy exclut d’augmenter les prélèvements obligatoires. Comment résorber les déficits une fois la crise passée ?

Certainement pas en fabriquant de l’inflation. C’est incompatible avec le choix de l’euro. La seule voie possible est d’augmenter notre taux de croissance potentiel. Cela passe par trois chemins : développer notre force de travail, augmenter les investissements en emploi et en formation et laisser en paix ceux qui créent. C’est ce que fait le gouvernement, par exemple, avec l’auto-entrepreneur.

Certains craignent que la France décroche par rapport à l’Allemagne. Et vous ?

Oui, j’ai de fortes craintes car l’Allemagne a fait son aggiornamento, elle a engagé des réformes de compétitivité que nous n’avons pas réalisées. En 1992, notre coût du travail était inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne. Aujourd’hui, nous sommes à égalité. Nos amortisseurs sociaux nous protègent en temps de crise, mais ils risquent de retarder notre redémarrage.

Mardi, devant les élus UMP, Nicolas Sarkozy s’est projeté dans la prochaine présidentielle. N’est-ce pas très tôt ?

C’est indispensable. Rien ne se fait sans la continuité. Le président de la République ne pouvait pas attaquer la deuxième partie de son premier mandat sans donner un signal. On a besoin de savoir où on va ; ne pas le savoir aurait été un inutile facteur d’affaiblissement. Il s’est lui-même contraint en posant le principe de deux mandats de cinq ans. La contrepartie, c’est une intensification absolue de l’action présidentielle.

Que reste-t-il pour François Fillon ?

Le quinquennat et la médiatisation ont fixé les règles. Le président de la République est en charge de l’essentiel. François Fillon l’a écrit. Il a signé un bail à Matignon en toute connaissance de cause.

A l’Assemblée nationale, face à l’hyperprésident, Jean-François Copé a donné à sa fonction de président du groupe UMP une visibilité particulière. Comment concevez-vous la vôtre ?

Je suis un directeur des ressources humaines. J’ai 150 sénateurs autour de moi. Mon rôle est d’écouter leurs demandes et de les mettre sur les créneaux où ils ont de l’autorité.

Vous ne vous voyez pas en hyperparlementaire ?

Non. Je n’ai rien d’hyper ni de super, ni d’infra non plus ! Les rendez-vous importants ne sont pas très nombreux : il ne faut pas les rater. Il ne faut pas se tuer pour des trucs solitaires.

Comment comptez-vous faire vivre le rééquilibrage en faveur du Parlement ?

La réforme constitutionnelle ne nous a pas seulement donné des droits nouveaux, elle nous a créé des devoirs nouveaux. Avec la nouvelle procédure, les projets de loi seront préparés par le cabinet du ministre en association avec les parlementaires. Le renouveau du Parlement va rendre le métier de ministre intéressant, parce qu’il ressuscite l’aléa parlementaire. Cet aléa avait largement disparu sous la Ve République.

Au Sénat, la majorité est fragile. Le groupe UMP doit-il pratiquer la cohérence ou l’ouverture ?

L’intelligence, à partir du moment où l’on a besoin des gens, est d’essayer de les comprendre et de faire en sorte qu’ils nous comprennent. Il ne faut pas courir après.

Nicolas Sarkozy court-il trop après l’ouverture ?

Il est dans son rôle. Il m’est arrivé, quand je n’étais qu’un sénateur de base, d’être appelé par Roger Karoutchi - ex-secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement - parce qu’il avait besoin de monde en séance. Je lui répondais : « Appelle d’abord les socialistes ralliés ! » Finalement, j’étais obligé de venir.

Les centristes, au Sénat, jouent-ils loyalement le jeu ?

Dans leur majorité, les centristes ont intégré l’UMP. Si j’ai été élu à la tête du groupe, c’est parce que, entre la vraie croix de Lorraine, la vraie tradition indépendante, la vraie Sainte-Croix tout court, la fusion est réelle. On n’a pas de problèmes philosophiques avec le groupe centriste ; on n’a que des problèmes tactiques.

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Patrick Roger

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