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« Instaurer un triptyque vertueux » par Jean-Claude Carle

Le Figaro Entreprises & emplois, lundi 8 septembre 2008

Jean-Claude Carle est sénateur de Haute-Savoie et auteur d’un rapport sur la formation professionnelle.

La formation professionnelle souffre de plusieurs maux. D’abord, elle bénéficie principalement au personnel, notamment les cadres, des grandes entreprises et non à ceux qui en ont le plus besoin, à savoir les salariés (jeunes sans qualification, ouvriers...) des PME et des TPE, qui contribuent beaucoup au développement économique. En-suite, elle s’inscrit dans une logique de dépense - 26 milliards d’euros par an, ce qui est colossal, dont 10,5 milliards financés par les entreprises - et non d’investissement.

Cette autre logique entraînerait une obligation de résultat qui pourrait être évaluée par une agence indépendante. Enfin, elle est marquée à la fois par la complexité, le corporatisme et le cloisonnement. Cette complexité, avec un grand « C », décourage non seulement des salariés mais aussi des entreprises qui préfèrent, dans un souci de simplicité, s’acquitter auprès des organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) de l’obligation légale.

Partant de ce constat, il faut redéfinir les objectifs de la formation professionnelle. Il n’est plus possible de lui assigner, pour une bonne part, le traitement social de l’échec scolaire ou du chômage. Elle doit désormais répondre à la fois aux souhaits des salariés, aux besoins des entreprises et être partie prenante dans l’aménagement du territoire. Elle reposerait ainsi sur un triptyque vertueux : formation, employabilité, emploi.

Pour aboutir, trois mesures me semblent essentielles. La première est même fondamentale. Pour réussir, il faut agir en même temps sur le maillon de la formation initiale et sur celui de la formation professionnelle, sinon on traitera les stocks, mais pas les flux. En effet, 150 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme et 90 000 étudiants en font autant après une année en faculté. C’est inacceptable tant sur le plan humain que financier. Dans ce contexte, les plans régionaux de développement des formations professionnelles sont un outil à privilégier. Outre les Régions et l’Éducation nationale, il faudrait que le monde économique leur soit associé et que ces plans aient valeur d’engagement. Deuxième mesure : instaurer un compte d’épargne formation (CEF) qui suivrait le salarié de la fin de ses études à sa retraite, ce qui sécuriserait son parcours professionnel. Ce dispositif s’appuierait sur l’actuel droit individuel à la formation (DIF), redimensionné et requalifié. Enfin, il faudrait que les OPCA jouent un rôle d’ingénierie et de conseil en matière de formation auprès des entreprises, notamment les plus petites. Certains le font déjà. Mais d’autres n’ont pas la taille suffisante. Il faudra les inciter à se regrouper. Des mesures de remplacement temporaire des salariés des PME-TPE en formation devront aussi être prises.

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