Jean-Pierre Raffarin ne veut plus de président à l’UMP Le JDD, 23 décembre 2012

L’ex-Premier ministre, soutien de Jean-François Copé, a été le pacificateur de l’UMP. Après un mois de crise électorale, il propose une nouvelle organisation pour le parti.

Qu’est-ce a permis la réussite de votre médiation à l’UMP, après les échecs successifs d’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

D’abord, chaque étape était nécessaire. Ensuite, j’ai une certaine expérience des négociations (retraites, Chine, Algérie…) qui me permet de savoir que dans ces processus il y a des ruptures et des relances. Je n’ai posé d’ultimatum à personne. J’ai écouté. Nous sentions tous que la rupture de l’UMP serait violente et définitive si nous ne trouvions pas un accord avant Noël. Or l’éclatement de notre parti, c’était le cadeau de Noël que Mme Le Pen attendait ! Inacceptable.

Les déclarations de Patrick Buisson sur la « fracture » entre les parlementaires et les militants n’ont-elles pas favorisé votre médiation ?

Ces déclarations ont en effet sensibilisé ceux qui pensent qu’une fracture militants-parlementaires serait mortelle pour l’UMP. Avec Patrick Buisson, le point qui nous sépare, c’est sa logique de clivage et ma recherche de rassemblement.

L’accord Copé-Fillon paraît tout de même très fragile…

L’accord est bon parce que équilibré. Naturellement, c’est encore fragile. D’abord parce que la crise de l’UMP ne se réduit pas à la seule rivalité entre les deux protagonistes. Dans chaque camp, les responsabilités ont été très largement partagées. Ce qui rend la situation encore aujourd’hui délicate, c’est que de nombreux responsables se sont engagés avec vigueur et nervosité. Je préviens d’ailleurs ceux qui s’inscriraient dans une logique de règlement de comptes : ils révéleraient le caractère personnel de leur ambition et seraient, à l’avenir, sanctionnés par l’opinion.

Ce combat a-t-il aussi révélé une fracture idéologique ?

Je ne le crois pas. Dans le camp Fillon comme dans le camp Copé, il y avait à la fois des sympathisants de la « droitisation » et d’autres de la ligne centrale. La meilleure preuve est que la motion des humanistes était présente dans les deux camps ! Cette tension était liée au choix des hommes et à leurs tempéraments.

« Il faut déconnecter le soutien à Nicolas Sarkozy de l’analyse du sarkozysme » Ce duel n’était-il pas finalement anachronique, la désignation des leaders se faisant aujourd’hui souvent en dehors des partis ?

Cette crise révèle l’exigence de reconstruction de l’UMP. Je vois quatre défis à surmonter. Premièrement, organiser le débat d’idées de manière qu’il dépasse la lutte des ego. Deuxièmement, repenser notre démocratie interne. Je serais plutôt favorable à un scrutin à un tour, moins brutal. Nous devons revoir le nombre des parrainages et celui des bureaux de vote. Il nous faut supprimer les procurations, rénover notre structure administrative. Troisièmement, le choix des primaires pour la présidentielle plaide pour le remplacement de la fonction de président par celle de secrétaire général. Quatrièmement, il faut déconnecter le soutien à Nicolas Sarkozy de l’analyse du sarkozysme.

L’UMP ne peut donc plus faire l’économie d’un inventaire de la défaite de mai 2012 ?
J’ai été le premier à parler d’inventaire, cela m’a été reproché.Il ne s’agit pas de revenir sur le lien personnel qui lie Nicolas Sarkozy à l’UMP, mais d’analyser les points forts ainsi que les faiblesses du dernier quinquennat. Cette analyse, qui devra trouver sa place dans notre nouveau projet politique, est un exercice utile de vérité.

Le rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy est-il une décision politique ?
Une procédure est en cours, je ne veux pas la commenter. Simplement, les finances de l’UMP rendraient une telle décision complexe.

Pendant votre médiation, vous avez beaucoup échangé avec Jean-François Copé et François Fillon. Seront-ils à votre avis candidats en septembre 2013 ?

Il est beaucoup trop tôt pour envisager cela. Ils ont tous les deux beaucoup souffert personnellement et politiquement de cette crise. Il ya d’ailleurs une certaine injustice à ce qu’ils en payent seuls le prix alors que le système en est en grande partie responsable. Maintenant, notre devoir est davantage de les protéger que de les accuser. Nous apprécierons la situation politique et leur situation personnelle à l’issue de notre période

François Hollande prévoit une année 2013 calamiteuse. En porte-t-il la responsabilité ?

Le gouvernement n’est plus innocent de la conjoncture 2013. Au cours de ce voyage en Algérie, j’ai porté un regard amusé sur les joies nouvelles des jeunes ministres. J’ai le sentiment que le gouvernement n’est pas pénétré par la gravité et la profondeur de la crise.

Il ne serait pas armé pour affronter la situation économique de la France ?

Les ministres sont trop confiants dans ce qui fut, pour les élections, leur bonne étoile. La conjoncture ne s’améliorera pas d’elle-même. L’équation économique et budgétaire que le gouvernement a arrêtée pour 2013 est impossible. Pour sortir de l’impasse, il faudra un nouveau plan de compétitivité. Nous n’atteindrons ni les objectifs de croissance, ni les recettes fiscales, ni les résultats attendus pour l’emploi.