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La diplomatie culturelle française en crise d’identité. Le malaise des centres à l’étranger dépasse le budget par Adrien Gouteyron

Le Monde, lundi 9 février 2009

Notre pays dispose du plus grand réseau culturel du monde : elle y déploie 144 instituts ; 220 alliances françaises sont par ailleurs dirigées par un agent de l’Etat expatrié. Quelque 255 autres alliances françaises bénéficient de financements de la part des postes diplomatiques. On recense ainsi 3,9 centres culturels ou alliances françaises par pays dans lequel la France a une ambassade. Et pourtant notre diplomatie culturelle est en crise.

La crise actuelle va bien au-delà d’une crise budgétaire : l’exercice 2009 concentre certes des baisses de crédits significatives, et les exercices à venir risquent de ne pas être plus favorables. Mais, au total, l’investissement de la France reste bien au-delà de ce qu’accomplissent nos principaux partenaires : plus de 1 milliard d’euros par an, réparti dans les pays du monde entier, pour les centre s culturels, l’audiovisuel extérieur et les lycées français à l’étranger. La diplomatie culturelle est davantage confrontée à une crise de sens, voire d’identité. Elle résulte d’une confusion entre une culture au service de la diplomatie, dans la constitution d’une sorte de club informel des amis de la France, et une diplomatie au service de la culture, dans une démarche de soutien des artistes à l’international.

Quelques chiffres sont têtus. Dans le domaine des arts plastiques, entre 2001 à 2005, aucun artiste français contemporain n’a bénéficié d’une exposition monographique au MOMA de New York, à la Tate Modern de Londres, au Stedeljik Museum d’Amsterdam ou à la Hamburger Bahnhof de Berlin, sur la quinzaine d’expositions monographiques dédiées, en moyenne, à des artistes contemporains étrangers par chacune de ces institutions. Le cinéma français est la « première cinématographie mondiale en termes de marché à l’export » après le cinéma américain, mais, traduite en chiffres, cette réalité signifie en Italie, par exemple, une part de marché de 2,9 %, contre 55 % aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis même, le cinéma français représente 50 % des films étrangers, mais ces films ne constituaient en 2006 que 2 % du marché.

Dans ce contexte, on peut regretter une panne de stratégie et d’imagination. Le modèle du « centre culturel » doit être revu de fond en comble, en redéployant l’ensemble des moyens, en Europe et dans les pays développés, vers des programmations « hors les murs ». Où le spectateur français va-t-il voir les mises en scène de Krzysztof Warlikowski, metteur en scène polonais ? Au Centre culturel polonais ? Non, à l’Opéra-Garnier ou Bastille. Où va-t-il voir La Vie des autres ? A l’Institut Goethe ? Non, dans une salle commerciale. Où va-t-il voir les expositions de Takashi Murakami ? A la Maison du Japon ? Non : à la Fondation Cartier. Nos amis allemands, américains, japonais ne sont pas différents de nous.

Il faut donc cesser de confondre la présence culturelle, c’est-à-dire assurer la promotion de la culture française dans un pays ou une ville donnée, et le centre culturel, un lieu dont le rayonnement est parfois limité. Aux conseillers culturels de redevenir le pivot des échanges culturels, dans un rôle de « passeur » entre nos institutions et industries culturelles et celles des pays étrangers. Cela ne nécessite ni moyens importants ni présence immobilière étendue.

Un pilote est nécessaire. Le ministère de la culture doit s’engager dans la définition d’une nouvelle stratégie internationale. Il n’est pas imaginable, lorsque l’on note les faiblesses de l’art contemporain sur la scène internationale, d’imaginer de réponse sur le seul sol national, sans y intégrer le réseau culturel à l’étranger. Retrouver l’essence de l’action culturelle à l’étranger, ce serait accompagner l’internationalisation de nos industries culturelles. Dans les grandes métropoles internationales foisonnantes de culture, ont ne peut plus imaginer des vitrines institutionnelles de la création française qui projettent à l’extérieur de nos frontières un modèle de culture administrée.

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